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De nombreux membres de la DRCNDF sur cette photo travaillent dans une zone d'insécurité avec des forces armées actives et une surexploitation de l'environnement (Archives NBD)
Chaque année le 6 novembre, le monde célèbre la journée internationale pour la prévention de l’exploitation de l’environnement en temps de guerre et de conflit armé.  Dans le bassin  du Nil congolais les membres du Discours sur le Bassin du Nil (NBD) font face à des défis relatifs à des conflits causés par les groupes armés notamment dans le Nord Kivu.  Monsieur Elias Paluku Tahawasima, l’expert National  du soutien Technique pour NBD, nous partage  l’expérience.

Question : Connaissant bien que certains de vos membres opèrent dans le milieu où se trouve les groupes armés, quels sont les défis rencontrés ?
Mr. Elias Paluku TAHAWASIMA, the DRC NDF National Technical Support Expert
Mr. Elias Paluku TAHAWASIMA, the DRC NDF National Technical Support Expert
Elias Paluku: Certains de nos membres travaillent dans les milieux de bandes armés et ces organisations font face à plusieurs défis dans leur travail, notamment le viol et violence sexuelle, le kidnapping, le pillage de leur outils de travail, le meurtre comme cela a été le cas, il y a 2 ans, pour les agents de notre membre Hydraulique Sans Frontière, HYFRO, dans le territoire de Rutshuru où 2 agents avaient été tués et un autre kidnappé par les milice alors qu’ils étaient en pleine mission de construction des citernes d’eau en faveur de la population. A cela nous pouvons ajouter le traumatisme de la part des agents et de la population bénéficiaires de nos actions. Aussi, nos membres qui travaillent dans les milieux insécurisés se heurtent contre le problème du respect de leur planning d’activités car pendant qu’ils exécutent les tâches les milices viennent subitement perturber la sécurité et cette activité sera abandonnée jusqu'à ce que la sécurité revienne dans le milieu.

Question : Partagez – nous votre expérience qui vous a permis de continuer les activités dans ce milieu malgré l’insécurité quasi- permanente ?
Elias Paluku: Nos membres continuent à travailler malgré l’insécurité parce qu’ils sont engagés et ont une ferme détermination de travailler pour la communauté dans l’espoir que cette insécurité prendra fin un jour. Alors, pour bien mener les activités dans de tels endroits, le premier élément à respecter et à contrôler c’est l’information (la communication) sous toutes ses formes : information sur les mouvements des groupes armés, information sur la situation sécuritaire du moment, information sur le comportement de la population du milieu vis-à-vis des groupes armés etc. Aussi, on cible les zones qui sont un peu sécurisées, car on ne peut pas s’exposer au danger. Pour les zones insécurisées, on utilise les agents recrutés localement qui maitrisent le terrain et qui s’adaptent aux circonstances, car ces groupes armés considèrent qu’un agent des ONGs, qui travaille auprès d’eux, est un espion au profit de l’ennemi. C’est le cas des Mai Mai dans les territoires de Rutshuru, Lubero et Beni et les miliciens CODECO et autres dans la province de l’Ituri. C’est pour cela qu’ils kidnappent les humanitaires pour exiger des sommes d’argent faramineuses pour leur libération. En tout cas, chaque jour on vit la peur au vendre craignant tout ce qui peut vous arriver pendant que vous travaillez. C’est le travail dans des conditions stressantes.
Je me souviens qu’en 2015, notre membre KAMBALE LOBILO, Coordonnateur de ADPDH de Rutshuru avait été pillé en cours de route par des miliciens alors qu’il venait à la réunion des membres du FCBN à Butembo. Tout ce qu’il possédait (téléphone, ordinateur, habit et argent) avait été emporté sans pitié. Il nous était arrivé dans la réunion mains vide. Voilà en quelque sorte la vie des travailleurs de nos membres pendant les temps de guerre et de conflits armés.

Question : Est-ce qu’il y a des cas où l’insécurité contribue à l’exploitation de l’environnement au Congo plus précisément dans le bassin du Nil congolais? 
Elias Paluku: Oui, il en a beaucoup dans le Bassin du Nil Congolais. 

Question : Pouvez-vous donner des exemples typiques ?
Elias Paluku: Nous pouvons en citer quelques-uns dans ce récit : Beaucoup de groupes armés se constituent et/ou trouvent le refuge dans le Parc National de Virunga qui est le tout premier parc crée en Afrique en 1925 et qui se trouve entièrement dans Bassin du Nil Congolais. Ce parc regorge une beauté incomparable du point de vue faune et flore. Mais avec la présence permanente des milices et groupes armés locaux et étrangers, il y a la coupe des bois intempestive pour en faire des braises, des bois de chauffage et des planches pour se faire de l’argent. Il y a aussi une recrudescence du braconnage des animaux pour en faire des viandes ; des éléphants sont tués pour chercher des cornes à vendre et surtout pendant ces 2 dernières décennies, il y a une tuerie en masse des hippopotames qui étaient très nombreux dans la région. Ces hippopotames se nourrissaient des herbes du Parc et partaient déposer leurs déchets dans le lac Edouard. Les poisson à leur tour se nourrissaient de ces déchets des hippopotames et se multipliaient davantage. Cela avait comme conséquence une surproduction des poissons dans le lac Edouard. Mais avec ce que nous appelons « le génocide environnemental » dans le Parc, le lac est devenu improductif. Cette diminution des poissons dans le lac est aussi accompagnée par la multiplication de la pêche illicite sur les côtes du lac supervisée par ces mêmes milices. Aussi, pendant les guerres, nous assistons à des incendies de la forêt par des bombes et des rockets, des incendies des produits vivriers dans les champs de la population.

C’est le cas de la guerre entre les Forces Armées de la RDC et les ADF NALU dans le territoire de Beni depuis 2014. Bref, les milices, les groupes armés voire l’armée régulière surexploitent l’environnement pour répondre à leurs besoins et s’enrichissent en détruisant les écosystèmes terrestres et lacustres de la région. Aussi, en cas de guerre, il y a une grande pollution de l’environnement par les armes légères et lourdes. Cela occasionne le déplacement massif de certains animaux voire des oiseaux de leur milieu habituel pour d’autres lieux. De plus, la formation des camps des refugiés et de déplacés de guerre entraine un bouleversement dans l’environnement autour de camps, car cela entraine une coupure de bois tout autour, une surexploitation du sol pour créer des champs par des déplacés qui veulent se protéger contre la faim, bref ils forcent la vie autour du camp.

Question : Quel message, pouvez- vous donner à l’occasion de la journée internationale pour la prévention de l’exploitation de l’environnement en temps de guerre et de conflit armé ?  
La première chose que je dois demander c’est l’établissement de la paix dans toute la RDC en générale et particulièrement dans l’est du pays qui a souffert depuis longtemps des atrocités des guerres et dont les conséquences de ces guerres ne sont plus à démonter théoriquement mais plutôt elles sont visibles à l’œil nu. Toutes les autorités tant locales, nationales qu’internationales devront lutter contre l’exploitation de l’environnement par les groupes armes et milices car les impacts négatifs de cette exploitation sont visibles sur la population locale notamment les viols, meurtre, les incendies, l’improductivité du sol, le pillage, le déficit touristique, la pauvreté grandissante, l’analphabétisme…. Ainsi, je proposerais que la communauté internationale, spécialement les nations unies d’initier une loi annexe à celles qui se trouvent dans la charte des Nations unies, une loi qui qualifie l’exploitation de l’environnement en temps de guerre et des conflits comme un crime contre l’humanité et que les coupables puissent être punis au même pied d’égalité que ceux-là qui commettent de crimes de génocide et autres crimes. Aussi, le gouvernement au niveau local et national devrait s’impliquer dans la sécurisation de la population ainsi que son environnement.

Heureuse Journée internationale pour la prévention de l’exploitation de l’environnement en temps de guerre et de conflit armé.

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